Portraits d'entrepreneur·e·s

Isabelle Baratte, proviseure du lycée Fresnel

01/10/2022

1 090 élèves, 130 personnels à gérer dont 80 enseignants, c’est l’incroyable mission que relève chaque jour Isabelle Baratte, proviseure du lycée Fresnel à Bernay depuis la rentrée 2020. Le changement ne lui fait pas peur, bien au contraire. Hyperactive et passionnée, elle a décidé de lâcher, il y a 15 ans, son poste de professeur d’histoire-géographie pour devenir personnel de direction. Elle raconte son histoire au Cercle des Entrepreneurs.

Le Cercle des Entrepreneur. e. s – Présentez-vous en trois mots. 

Isabelle Baratte : Hyperactive, enthousiaste et motivée !

CdE – Pouvez-vous nous raconter en quelques mots votre parcours professionnel ?

I.B : J’ai enseigné l’histoire-géographie de 1991 à 2006 avant de candidater au concours de personnel de direction. J’ai tout abord été affectée en qualité de proviseure adjointe au lycée Clément-Ader à Bernay, puis principale au collège Maurice-de-Broglie pendant 3 ans, ensuite principale du collège Pierre-Brossolette à Brionne et enfin proviseure au lycée Pablo-Neruda à Dieppe. 

CdE – Et vous avez toujours su que vous voudriez être personnel de direction ou est-ce venu avec le temps ? 

I.B : Je voulais absolument être enseignante ! Ce qui m’intéresse, c’est la pédagogie. J’ai choisi l’histoire-géographie parce que je réussissais bien dans cette discipline. L’envie de devenir personnel de direction est arrivée au bout d’une dizaine d’années d’exercice. En effet, j’avais eu le sentiment d’avoir fait le tour du métier. À ce moment-là, mon hyperactivité a parlé et j’ai souhaité me réorienter en 2006. Personnel de direction me permettait de rester dans l’Éducation nationale au service des élèves, tout en exerçant d’autres missions.

CdE – Dans quel établissement travaillez-vous aujourd’hui et depuis combien de temps ? 

I.B : Depuis septembre 2020, je suis proviseure du lycée Fresnel à Bernay. 

lycée Fresnel Bernay
©lycee.ac-rouen.fr

CdE – Pourquoi avez-vous choisi d’exercer votre profession à Bernay ?

Isabelle Baratte : Mes racines sont implantées sur ce territoire, je suis même née à Bernay ! Mes parents étaient horticulteurs à Brionne. Cette affectation au lycée Fresnel est donc un retour aux sources ! 

CdE – Vous avez fait du chemin… À votre avis que dirait l’enfant que vous étiez à la femme que vous êtes devenue ? 

I.B : L’enfant que j’étais voulait être professeure, alors je dirai que j’ai suivi le parcours que je désirais. 

L’Éducation nationale n’était pas une évidence si l’on parle en terme de déterminisme social puisque je suis issue du milieu agricole. Mes parents m’ont permis d’aller au bout de mes rêves et ont fait des sacrifices financiers pour me permettre de suivre des études supérieures. 

CdE – Qui vous a inspirée ? Quelles ont été les rencontres les plus marquantes ? Celles qui vous ont permis d’en arriver là ? 

I.B : La première rencontre inspirante est une professeure d’histoire-géographie passionnante au collège Saint Georges à Beaumont Le Roger. La deuxième personne marquante dans mon parcours professionnel est mon oncle, l’historien et futur académicien Pascal ORY. Enfin, M. Gildas Le Hir, proviseur du lycée Clément ADER qui a été un mentor bienveillant et à l’écoute dans mes nouvelles missions de personnel de direction.  

CdE – Qu’est-ce qui vous anime le plus dans votre métier ? 

I.B : Le changement ! J’ai un métier où, le matin, j’arrive, j’ai un emploi du temps, et je ne fais jamais exactement ce qui était prévu. C’est une profession où on est en permanence en train de faire des tâches multiples. Les missions du service public et contribuer à la réussite des élèves sont les moteurs de ma motivation. 

CdE – Vous vous occupez de 1 090 élèves, … Quelles sont les qualités primordiales pour exercer votre métier ?

Isabelle Baratte : Il faut être pragmatique, efficace, avoir la capacité de prendre du recul lorsque l’on est amené à faire des choix, avoir des qualités de management et travailler en équipe.

CdE – Quel a été le plus gros challenge auquel vous avez dû faire face ? 

I.B : Un challenge est personnel. J’ai passé un Master 2 par alternance en Management et Gestion à 50 ans. La mère et la proviseure que je suis, ne pouvait ni abandonner, ni échouer ! Je suis très fière aujourd’hui de la mention « Très bien » accolée au diplôme. 

Le deuxième a été ma prise de poste au lycée Fresnel en septembre 2020 dans un contexte de crise sanitaire.

CdE – Diriez-vous que c’est l’une de vos plus belles réussites ?

I.B : Les plus belles réussites sont celles des élèves !  Je ressens encore aujourd’hui de l’émotion en évoquant le souvenir de l’un de mes élèves. Il était complètement à la dérive depuis le collège. Pendant 3 ans, je me suis beaucoup occupée de cet élève avec les équipes enseignantes et de vie scolaire. Il a eu son bac alors que personne, y compris lui, ne pariait sur sa réussite. 

CdE – Qu’est-ce qui a changé dans votre métier depuis ces dernières années ? Et que faites-vous aujourd’hui en tant que proviseure que vous ne ferez plus dans 10 ans ? 

I.B : Le management des établissements publics d’enseignement par la performance, tout en respectant le cadre et les valeurs du service public. Le chef d’établissement pilote l’élaboration d’un projet d’établissement et construit avec la communauté éducative, les élèves et les familles un contrat d’objectifs. L’établissement est évalué par une commission pluridisciplinaire qui propose des améliorations. Je ne sais pas répondre à la deuxième question, toutes les missions me paraissent essentielles. 

CdE – Nous avons appris que, sur l’initiative de certaines élèves, vous avez mis des protections hygiéniques en accès libre au sein du lycée. Avez-vous réalisé d’autres actions sociales ou écologiques ? 

I.B : Mme Griffoul, proviseure adjointe, pilote le comité d’éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC) de l’établissement et en collaboration avec des personnels, des parents et les éco-délégués, a proposé de mettre l’accent sur le bien-être des élèves, par exemple des tables de pique-nique, des carrés potagers et un poulailler ont été installés dans la cours et un piano est à la disposition des élèves dans le hall d’accueil. La maison des lycéens a eu l’opportunité en juin 2022 d’organiser de nouveau le bal de fin d’année des classes de terminale. 

CdE – La crise sanitaire a chamboulé les habitudes des établissements scolaires. Comment l’avez-vous gérée ? Quelles ont été vos solutions ? 

I.B : Les établissements scolaires sont des organisations régies par la loi, les décrets et les protocoles officiels. Ce qui implique que la marge de manœuvre d’un établissement public local d’’enseignement est pratiquement nulle. Cependant, les protocoles s’adaptent aux spécificités locales et notamment à la capacité ou non d’un l’établissement à accueillir tous les élèves en restauration scolaire dans le respect des normes sanitaires. Au lycée Fresnel, la salle de restauration est trop petite et une alternance présentiel/ distanciel a été choisie par l’équipe éducative en 2020/2021. 

CdE – Pour aider les élèves en difficulté, vous avez mis en place un arbre à bonshommes. En quoi consiste-t-il ?

Isabelle Baratte :  Un élève en difficulté dit à l’adulte ce qu’il a envie d’entendre et exprime rarement ses véritables émotions. L’arbre symbolise sa formation et les bonhommes représentent son ressenti dans son parcours scolaire. Le jeune exprime par son choix, « où il en est ».  Quand l’alchimie d’une classe ne fonctionne pas, cet outil de management permet aux élèves de s’exprimer en groupe et chacun a alors le droit à la parole. Etre personnel de direction, ce n’est pas rester en haut de sa tour d’ivoire, c’est aller sur le terrain, au plus près des élèves.

Exercice effectué au lycée Fresnel de Bernay

CdE – Changement d’ambiance, avez-vous une anecdote amusante à nous raconter qui s’est déroulée au sein de votre parcours professionnel ? 

I.B : À l’époque où j’étais enseignante, à la question : « Qu’est-ce que le baby-boom ? », un élève avait répondu : « Pendant la Seconde Guerre mondiale, on lançait des bébés dans des champs pour déminer ». J’ai annoté sa copie de la remarque suivante : « Alors, qu’est-ce que le papy-boom ? ». 

CdE – Si vous aviez une lampe magique comme le génie dans Aladdin, quels seraient vos trois vœux ? 

I.B : 1. Lutter contre le déterminisme social et permettre à chaque élève de réaliser ses ambitions à la hauteur de ses capacités. 

2. Une réelle égalité entre les hommes et les femmes. Faire disparaitre les plafonds de verre et l’autocensure que nous nous imposons en tant que femme. 

3. Permettre la diffusion des médicaments et des vaccins dans les pays pauvres et lutter plus généralement contre les inégalités.

CdE – Trois mots pour décrire votre parcours ou votre activité… 

I.B : Persévérance, ambition et transmission.

CdE – Un petit dicton fétiche ? 

I.B : « Ne reporte jamais à demain ce que tu peux faire aujourd’hui ! » 

CdE – Enfin, que diriez-vous aux personnes qui souhaitent nous rejoindre sur le territoire ? 

Isabelle Baratte : Un territoire rural est reposant. Bernay est un endroit où il fait bon vivre parce qu’on prend le temps! Ce que j’adore, c’est qu’ici les gens se connaissent ! 

Vile de Bernay, avec vue sur la Charentonne
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